ACAB – All Cops Are Buffers: murale censurée par le SPVM dans Hochelag’

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L’histoire est truculente : ayant approché le propriétaire d’un édifice de la rue Ontario pour lui offrir ses services, un muraliste de Hochelaga-Maisonneuve sollicite l’appui financier de la Société de développement commercial du quartier. Situé à une intersection très achalandée, l’immeuble est couvert de tags et fait triste mine – une entente verbale laissant carte blanche à l’artiste est vite conclue.

Après avoir proposé de faire une murale rendant hommage au CH, celui-ci choisit plutôt de peindre un portrait hyperréaliste en trois temps du Directeur de la police de Montréal, Marc Parent, affublé d’un passe-montagne et de son sourire le plus télégénique. Ce n’est qu’à quelques jours de sa livraison que les subventionnaires de la murale en saisissent le sens et se rebiffent, sans doute alarmés par les patrouilleurs de la SVPM qui leur font sentir leur mécontentement. Ils menacent donc de faire effacer la murale.

Mercredi le 19 novembre au soir, quelqu’un profite de l’absence de l’artiste pour recouvrir le travail qu’il venait à peine d’achever quelques heures auparavant d’une épaisse couche de latex brun. Une partie du latex s’étant cristallisée sous l’effet du froid, par chance la murale est par la suite partiellement rescapée à l’aide d’un seau d’eau chaude et d’une vadrouille.

Le lendemain un article plus ou moins bien documenté est publié dans Le Devoir, un groupe Facebook est créé, les résidents s’en mêlent, et le visage rayonnant de Marc Parent semble émerger d’une grosse flaque de marde au coin de Pie IX et Ontario.

Nous sommes entrés en contact avec l’artiste – appelons-le Brian Pepper – pour lui poser quelques questions sur son travail, ses convictions sociales, et ses expériences à peindre dans la rue à Hochelaga-Maisonneuve.

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MM : Brian, je pense que la dernière fois qu’on a fait de quoi ensemble c’était au Festival Kosmopolite à Paris, en 2008. T’en es rendu où dans la vie?

BP : On s’était bien amusé à Paris, en effet! Dès mon retour, j’ai lâché ma job et commencé un BAC en art à l’UQAM. Depuis, je suis à temps plein dans la peinture. Je retourne parfois à l’UQÀM suivre des cours, parfois même de manière officielle. Je squat principalement le labo photo.

MM : Je te check de loin sur Facebook depuis un boutte pis tout ce que je vois passer c’est des extraits de discours de Jeanette Bertrand, des assassinats politiques au Brésil pis des incitations à la désobéissance civile. T’es-tu rendu un activiste?

BP : Mes parents et leurs familles respectives ont fui une dictature. Mon héritage a probablement fait germer en moi une sorte d’aversion naturelle vis-à-vis de l’autorité. Parfois, on connaît exactement les moments qui ont marqué notre vie et qui nous ont changé pour toujours. Le bac en art, certains voyages que j’ai faits, des gens que j’ai rencontrés et des expériences que j’ai vécues… le printemps de 2012 a évidemment catalysé tout ça. Je ne me considère pas comme un activiste, mais plutôt comme un peintre idéaliste.

MM : Tu savais qu’en faisant un portrait géant du directeur de la police à la principale intersection d’un des quartiers les plus pauvres du pays, il risquait d’y avoir de la controverse. Crois-tu que l’art se doit d’être engagé? Si oui, qui sont les artistes qui t’inspirent en ce moment?

BP : J’avoue avoir beaucoup de difficulté à m’identifier au concept d’artiste en 2014. J’adore les arts, mais je crois qu’on a atteint un point de stagnation dans l’histoire de l’art, où l’on ne fait que répéter des concepts qui datent des années soixante, où l’égo artistique est souvent maquillé en démarche intellectualisée à outrance, dégoulinante d’ironie, rendant le milieu très élitiste et fermé. L’art engagé, l’art brut, et l’artisanat sont des concepts avec lesquels je suis plus confortable. J’essaie de me battre contre cette partie de nous qui nous pousse à vouloir être spécial.

MM : Tu mentionnes que tu crains des poursuites et du profilage de la part des policiers, qui reconnaissent maintenant ton visage. À part la fois que t’as eu un ticket parce que t’avais laissé la porte de ton char débarrée, est-ce que t’as une « feuille de route » avec le SPVM?

BP : Haha, oui je m’en rappelle. Peux-tu croire qu’ils donnent des contraventions pour ça? Je n’ai pas de dossier criminel. Du moins, rien de suffisant qui puisse avoir un lien avec ma crainte du SPVM. Ce qui me fait peur, c’est de voir comment ils appliquent le profilage politique publiquement, sans que personne ne réagisse plus que ça. Cette pratique qui était déjà présente depuis longtemps s’est exacerbée en 2012, au point de devenir une véritable bataille de relations publiques au SPVM. Ce qui m’inquiète d’avantage, c’est l’impunité avec laquelle ils sont capables de faire à peu près tout ce qui serait considéré comme un crime pour un civil, avec arrogance, sans que personne ne les arrête.

MM : Règle générale, il semblerait que les citoyens apprécient ton travail et ne te perçoivent pas comme un vandale ou un fouteux de trouble. Tu commences à te faire un nom dans Hochelaga – comptes-tu continuer à y travailler malgré la controverse?

BP : Bien sûr que oui. Les controverses déclenchent les discussions. Cette étrange coexistence entre une population aussi défavorisée que sympathique, anarchistes, intellos et bourges crée un paradoxe culturel plutôt rafraîchissant et propre aux controverses qui me plaisent tant. Dans un commentaire sur l’article « Murale Satirique » publié par Quartier Hochelaga, une lectrice utilise un mot qui décrit parfaitement ce que j’aime du coin: irrévérencieux. Tant que les danses en ligne au marché Maisonneuve seront là, je serai là.

MM : Derniers commentaires? Props? Shout-outs?

BP : Courage à tous ceux qui se battent pour leurs convictions avant de faire passer leurs intérêts d’affaires, courage à toutes les travailleuses du sexe et les homeless qui doivent braver le froid tous les jours sous nos yeux, courage à tous ceux qui croient qu’un monde sans rapport de pouvoir et de domination est quelque chose qui vaut la peine qu’on se batte pour. Et les usual shout-outs: ZEK, les 156, DCAE, OSER, MONOSOURCIL, STELA, FLÉO, CRAZY APES, BOMBINGSCIENCE, SINO SHOP, A’SHOP, K6A et tous les anars en général.

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Éclipse – Photos: Brian Pepper

ACAB – All Cops Are Buffers : mural painted over by the SPVM in Hochelag’

Long story short, an artist is granted authorization to paint a mural by the owner of a building on Ontario. He then obtains funding the local Société de développement commercial (SDC), which he uses to buy supplies during the summer of 2014. The building is covered with tags and at a busy intersection – understandably, the artist’s initiative is more than welcome, especially since he is known for the quality of his work and the many, high-profile walls he already has running in the area.

At first the mural is expected to be hockey-themed, but things get a little testy when the artist’s sponsors realize that his plan is to do a giant, hyper-realistic portrait of Montreal’s police chief taking off a ski mask. Local cops, who for obvious reasons are amongst the first to recognize Marc Parent’s features as the work progresses, are not at all amused. Informed of this, the SDC tacitly agrees to have the mural erased as a gesture of goodwill.

By Wednesday November 19th the mural is almost completed. Exhausted, the artist figures that the final touch-ups can wait till the next morning, since he plans on coming back to snap some proper day flicks anyhow. An unidentified do-gooder shows up shortly after he’s left, and in a few minutes the entire surface is covered with a coat of brown latex paint. A section of the mural on which the paint had frozen is however salvaged later on using a mop and buckets of warm water.

Over the next days a more or less well-researched article is published in Le Devoir, a Facebook group is created, locals get involved in the debate, and Marc Parent’s giant smiling face continues to float over what resembles a puddle of shit at the corner of Pie IX and Ontario.

We got in touch with the artist – let’s call him Brian Pepper – to ask him a few questions about his work, ideologies, and experiences painting on the street in Hochelaga-Maisonneuve.

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MM: Brian, last time we hung out was in Paris in 2008. What have you been up to since?

BP: Yeah, Paris was good. When we got back I quit my job and started a BA at UQÀM. I’ve been painting full-time since. Now and then I go back to UQÀM to do a few classes, for which I’m even officially enrolled in certain cases. Mainly I squat the photo lab.

MM: I’ve been creeping your Facebook page and all I see is speeches by Jeanette Bertrand, political assassinations in Brazil, and calls for civil disobedience. What are you, an activist or something?

BP: My parents and their families fled a dictatorship, which might explain my strong aversion to authority. There are moments in your life that you can pinpoint and that you know changed you forever. Trips, people I met and various events that occurred while I was studying at UQÀM… I’d say the Spring 2012 student protests were also quite decisive. I don’t consider myself to be an activist, though. I’d say I’m an idealistic painter.

MM: There’s no way you didn’t know that painting a giant portrait of Montreal’s police commissioner at the busiest intersection of one of the country’s poorest neighbourhoods would be asking for trouble. Do you think that art must be socially engaged? If so, which artists inspire you the most right now?

BP: I must admit that a have a hard time relating to the contemporary definition of an artist. I love the arts, but I think we’ve reached a point of stagnation in its history – the same concepts have been rehashed over and over again since the 1960s. The artist’s ego is paraded with ironic, overly intellectualized statements, which makes the milieu very closed and elitist. Socially engaged art, outsider art, and craftsmanship are areas in which I feel more comfortable. I try hard to fight against that urge we all have to be special.

MM: You’ve mentioned that you’re afraid that the cops will be profiling you, now that they know your face. Besides that time when they gave you a ticket for leaving your car doors unlocked, how’s your rap sheet?

BP: Haha yeah, I remember. Can you believe they can give you a ticket for that? To answer your question, no, I don’t have a criminal record, at least nothing that justifies my fears of the SPVM. What really scares me is the fact that they make no bones about politically profiling citizens, and no one seems to care. It’s something that’s been going on for a while and that was exacerbated in 2012, to the point where it’s become part of the SPVM’s PR campaign. What bothers me the most is the arrogance with which they do so many things that would be considered illegal for the average citizen, and there’s no one to stop them.

MM: In general the community seems to appreciate your work – you don’t come across as a vandal or a hooligan. You’ve got a name in Hochelaga, are you going to keep on painting there despite of the controversy?

BP: No doubt. Controversies feed discussions. As long as there will be line dancing at the Maisonneuve Market, I’ll be around. There’s something about this neighbourhood that makes it unique. People who are as friendly as they’re poor living side by side with anarchists, proud bourgeois, and intellectual left-wingers… These contrasts are the setting to scenes that are sometimes moving, and other times so funny that I couldn’t live without them. There’s an article in the Quartier Hochelaga newspaper titled “Murale Satirique” that a reader commented using a word that perfectly describes what I love the most about the neighbourhood – its irreverence.

MM: Closing statements? Props? Shout-outs?

BP: My thoughts go out to all those who place their beliefs and convictions above financial gain, to all the hookers and homeless who put up with the cold every day, and to anyone else for whom a world devoid of power struggles and domination is something worth fighting for. And shout-outs to the usual suspects: ZEK, the 156’ers, DCAE, OSER, MONOSOURCIL, STELA, FLÉO, CRAZY APES, BOMBINGSCIENCE, SINO SHOP, A’SHOP, K6A and all the anarchists in general.

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